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Peintre

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Attaches - Tréteaux

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22 février 2009

Vincent Massey, Le spectacle de la société


 http://cyberkor100org.canalblog.com/archives/2009/02/22/12656402.html

 

nanana
Vincent Massey, Nanana, huile sur toile, 50x50.

Vincent Massey est un jeune peintre contemporain dont on a récemment pu admirer l’œuvre lors du festival rock/punk L’Entonnoir Insomniaque à Metz. Le plasticien s’attache à une représentation parodique de la société actuelle dans des tableaux généralement saturés de détails et de couleurs différentes. De cette surabondance d’éléments visuels ressort un sentiment d’excès, de non viabilité ; comme si le monde grouillant et agité qu’il peignait nous repoussait, quand bien même la perspective est réalisée de manière à nous aspirer dans les scènes représentées. Un jeu d’attraction et de répulsion se met donc subtilement en place au cours de l’expérience esthétique de chacun, et le spectateur ne sait plus où donner de la tête, tant les visages sont nombreux et originaux dans leur inhumanité. L’ambiance des lieux de convivialités (bars, cabarets, restaurants) est retranscrite à un degré tel que l’on a réellement l’impression d’entendre le bruit des verres qui se percutent pour trinquer, celui d’une musique qui explose les décibels, du brouhaha permanent de la foule, avec ses cris, ses rires et ses bastons. Et lorsque le public est parfaitement immergé dans l’univers des toiles de Massey, un sentiment d’ivresse nocturne le gagne, comme cela se produisait déjà, d’une manière plus sinistre encore, dans les célèbres toiles de bistrots chez Vincent Van Gogh.

 

seul
Vincent Massey, Maginot, huile sur toile, 84x47.

Les œuvres du peintre contemporain ne connaissent pas le calme, le vacarme persiste à animer chacune de ses scènes, même dans le tableau Maginot où l'on comprend bien que l’insomnie du personnage solitaire, si elle est principalement causée par la mélancolie, est aussi dût aux bruits incessants de la ville. En effet, la lumière vive, qui se projette sur le mur de la chambre où est couché l’insomniaque (scène quasi-cinématique), semble confirmer l’activité qui se déroule à l’extérieur de l’appartement et qui contraste avec le silence cauchemardesque de l’intérieur qui fait ligne Maginot avec le dehors. La mise en avant picturale de ce monde surpeuplé et surexcité, où même protégé dans son foyer l’individu est immanquablement étouffé, aurait plutôt tendance à nous effrayer. Pourtant, c’est une sensation angoissante que l’on vit quotidiennement dans nos mégalopoles et leurs transports en commun, sauf que nous n’y prêtons plus attention. Cependant, dans les lieux bondés de Massey comme dans n’importe quel espace public, chacun trouvera des personnes qui lui paraîtront étranges, comme si l’Autre devait irrémédiablement être son « inquiétante étrangeté » (Sigmund Freud). Mais quel est justement le sens de ces visages monstrueux, peints par Massey ? En effet, on constate que les foules dans les différentes œuvres du plasticien sont majoritairement composées de créatures surnaturelles en tout genre qui n’ont rien à envier aux films de science-fiction. On imagine que c’est là le portrait d’une déshumanisation de l’être humain qui, dévoré par l’ambiance du collectif, n’est plus tout à fait maître de ses actes et de son corps, son individualité étant partiellement broyée au sein de cet amas de chair compacte et répugnante que l’on appelle le peuple.

 

supermarket
Vincent Massey, Supermarket sherif, huile sur toile, 60x49.

Alors le spectateur s’interroge : les tableaux de l’artiste seraient-ils une satire sociale ? Il y a fort à parier que oui ; tous ces faciès déformés par la pression des foules incessantes qu’ils endurent ont une allure grotesque qui ne manque pas de comique par moment. Le spectateur qui fera attention à l’expression de certaines figures dans des toiles comme Supermarket sherif ne pourra se retenir de sourire face à certains comportements absurdes qui ne lui sont pas du tout étrangers : les enfants qui embêtent les caissières ou s’amusent dans les rayons, le sourire béat des acheteurs à la sortie des caisses, la dépression des clients qui attendent leur tour, le regard froid de la femme fatale qui fait entièrement confiance à son corps et ne se donne même plus la peine d’être sociable, etc. Impossible de ne pas y voir une critique sociale qui n’est pas sans nous évoquer celle des peintres dada d’Allemagne Otto Dix et Georg Grosz, bien que le contexte politique de ses deux derniers a été radicalement différent. Chez Vincent Massey, comme chez les dadaïstes mentionnés, nous ne sommes pas loin d’un art caricatural qui met l’accent sur l’expressivité des corps afin de révéler un malaise profond chez l’individu qui adopte des attitudes burlesques au milieu de tous, sans ne jamais avoir peur du ridicule, dans une insouciance qui paraît totale, donnant l’impression qu’il cherche à oublier un malheur ou un mal-être qu’il retrouvera sans aucun doute une fois rentrer chez lui, au beau milieu du silence d’un espace clôt, froid et vide. C’est véritablement l’humain, englué dans sa condition post-moderne, qui est remis en question au sein dans les peintures de Vincent Massey ; l’individu dans ses paradoxes et ses contradictions, celui qui répugne la foule tout en s’en servant comme d’un moyen pour égayer son quotidien, celui qui aime l’intimité de son foyer alors qu’il s’y sent incroyablement seul…

 

duel_canin
Vincent Massey, Duel, huile sur toile, 65x54.

Luc Schicharin

http://cyberkor100org.canalblog.com/archives/2009/02/22/12656402.html

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